Liberté, autonomie, émancipation
En France, par étapes successives, un projet d'émancipation politique de la religion a été poussé sur le devant de la scène. Pour dégager une structure pérenne et bien que ses représentants aient présenté son projet comme révolutionnaire, notre nation n'a pas pu fonder de toutes pièces un socle idéologique à partir duquel s'autodéfinir.Emancipée oui mais.. avec son doudou
Elle a toujours trouvé son énergie et une partie de sa clarté dans l'usage différentiel et qu'elle faisait de la religion ancienne, en train de disparaître sous ses coups: et c'est cette dernière qui, déniée, répudiée, paraissait toujours lui donner encore le relief et son évidente justification.
Edgar Quinet et Ferdinand Buisson, au XIXème siècle tançaient les papistes de ne pas voir dans la modernité et la saisie de ses outils et valeurs (le progrès), précisément le lieu de l'obéissance que Dieu attendait d'eux. Le catholicisme pour eux était devenu « irréligieux », par un refus de reconnaître l’œuvre de Dieu dans le mouvement historique du progrès.
L'église romaine donne encore la réplique. On la ressort du grenier jusqu'en ces temps derniers, si l'on en croie des ouvrages récents d'analyse sociologique qui font toujours appel au bon vieux catholicisme, en 2020. Infatigable sparring partner il sert d'écran de fond comparatif, de zéro absolu, à une démonstration: nous sommes bien la preuve vivante que l'on s'est débarrassé d'elle!
Suspicion finale sur la laïcité française
Le problème est qu'à force de devoir renouveler l'opération on finit par faire comprendre que le vieux repoussoir catholique, à devoir et pouvoir être encore utilisé, doit bien quelque part n'avoir pas trop disparu. Et s'il n'a pas trop disparu à ce point, ou si l'on est obligé de le faire réapparaître, c'est peut-être que nous cachons quelque chose d'inavouable.
Combien de fois, sur le chemin de cette différentiation dénonciatrice, a-t-on donné généreusement encore 25 ans à la bonne vieille religion pour disparaître totalement? Et puis finalement on en renouvelle subrepticement le bail.
En 2020 Jérôme POURQUET, ne peut s'empêcher de faire de même (dans: "Archipel Français") pour mieux souligner la décomposition de la société laïque française qui, en étant de plus en plus déconstructrice montre combien l'ancienne fut constructrice.. qu'en fonçant vers l'insignifiance nous prouvons qu'elle a été consistante.
Sauvée par l'absurdité catholique?
Quel est le rôle dès lors du catholicisme vis-à-vis de la laïcité, en France? Cet entêtement à le vouloir toujours là pour "dire plus facilement" quelque chose de vrai de notre aujourd'hui, et qui serait beaucoup moins lumineux sans lui, ne mérite t il pas une analyse des plus sérieuse, c'est à dire paradoxale?
Pourquoi les sociologues ne tentent ils presque jamais de conduire notre réflexion, de déduire le devenir éclaté de notre société en partant d'un autre écran de fond, d'une autre base, d'autres normes, d'une autre toile que celle d'une société bigote rejetée et qui plus est toujours la même? N'est-ce pas absurde?
..car absurdité singulière
A vrai dire ce réflexe n'est pas absurde. Ou plutôt cet absurde est révélateur; comme il l'est dans la "démonstration par l'absurde": si l'on peut s'appuyer sur l'absurde pour prouver une vérité, comment qualifier le statut de l'absurdité dans le régime de vérité que finalement il sert?
Où trouvera t on la définition du mot "absurde" qui soit elle-même absurde (et surtout compréhensible.. ce qui suppose de ne pas l'être!) pour être conforme à sa signification et tenir sa cohérence?
Si l’absurde sert dans une démonstration, alors il devient un moment nécessaire de la vérité; comme dans la preuve par l'absurde de l'irrationalité de "racine de 2" en mathématiques. La vérité ne se déploie pas malgré l’absurde, mais à travers lui. Ce n’est pas que l’absurde ait un statut positif. C’est qu’il est structuralement indispensable pour faire apparaître quelque chose du vrai.
Plutôt que de faire appel, à regret à un catholicisme (presque) disparu qui éclaire toujours notre situation présente par quelque côté, nous devrons chercher dans sa longue durée l'existence de motifs positifs qui justifient le bien fondé de cette présence entêtante.
Le catholicisme sauveur de la laïcité?
Car si le catholicisme est à la laïcité française (ou a été longtemps) comme le sparadrap du capitaine Haddock, c'est que nous devons nous interroger plus profondément sur leurs relations secrètes et en tirer des leçons.
Le catholicisme est peut-être la frontière permanente, la limite de ce qui de la laïcité (j'allais dire de la République) peut être pensé sans contradiction. Ainsi, l’absurde démonstration de la vérité de la laïcité par l'anticatholicisme, n’est pas un contenu, mais une bordure. Cette frontière manifeste que tout ce qui atteint son extrême commence à devenir son contraire.
La catholicisme est nécessaire, et c'est pourquoi les sociologues le ressuscite autant que de besoin, c'est-à-dire souvent, on vient de le voir, pour que la laïcité se comprenne plus facilement. Il la sauve déjà ainsi d'une impossibilité à se penser complètement. Mais il est aussi secrètement là pour qu'elle ne se blesse pas trop. Il est le grand metteur en scène de sa vérité différentielle, mais elle ne le voit pas.
Au bout de cette révision historique il ressort que n'est pas le plus laïc celui qu'on pense, ni le plus religieux celui qu'on croit!



