Il s'en déduisait en descendant vers le terrain des échanges individuels, un ensemble de pratiques, d'arbitrages commerciaux et marchants différentiés (négoce national et international), d'habitudes de paiement, de techniques de compensations etc.. devant lesquels beaucoup de théoriciens économistes ne se sont pas arrêtés, pour ne se concentrer que sur l'aspect formel idéal et unifiant que, "vu de haut", ce système tendait à l'économie politique comme une martingale.
Déjà à l'époque on connaissait les lois sur les gaz et l'on imaginait volontiers que la monnaie devait suivre le même schéma d'ensemble: la température du gaz illustrait l'inflation, le volume de ce gaz la quantité de monnaie. L'économie politique devait devenir ainsi une vraie science.
S'appuyant sur cette vision purifiée du réel, des intellectuels, économistes, et autres gens des lumières, ont formulé le projet de réformer et perfectionner définitivement le régime de gestion de la banque centrale et des banques régionales, pour assurer définitivement la perfection du mécanisme monétaire. C'était la "Currency Theory".
Notre auteur ici traduit, Thomas TOOKE, banquier et praticien, fin observateur, après avoir un temps suivi ces idées en vogue, fait marche arrière et combat le projet de loi déposé à la chambre des Communes. Il reprend l'ensemble des pratiques commerciales et bancaires des clients, et montre que la non prise en compte de leurs us et coutumes induits par la vie commerciale et industrieuse ne peut qu'amener à un incohérence et donc à un grippage de l'activité du pays, c'est-à-dire une crise.
Pour le démontrer, il passe en revue ce qu'il faut entendre par: currency, money, bill, bill of change, note, Bank note. Quand nous utilisons ces termes nous ne faisons pas attention à la polysémie qu'ils comportent et donc à la fragilité des discours que nous partageons et qui devraient nous réunir. Mais ils cachent, jusqu'à ce que l'obstacle rencontré dans la vraie vie révèle des divergences qui nous obligent à aller voir dans le détail des oppositions à constater, dont nous aurions pu anticiper les effets.
Encore aujourd'hui, on entend partout que les entreprises ont des problèmes de "trésorerie"... Certes, tous les postes d'un bilan passent obligatoirement à un moment donné, par la trésorerie, comme tous les automobilistes passent inévitablement au "Stop" ou à un croisement. Mais l'ordre vrai des choses serait de dire (et celui qui a lu TOOKE le comprend mieux) que les entreprises n'ont pas un problème de trésorerie mais de (trop faible) capitalisation.
Il y a donc une différence essentielle entre monnaie et capital, et la confusion des concepts, largement attirée par la noce parfaite du formel (scientifique) et du théorique (économique), doit être écartée ou largement amendé si l'on veut en faire un instrument vraiment adapté au service des pratiques sociales.
Ce livre, quoi qu'ancien, jette donc quelques lumières jusque dans l'actualité. Mais il sera aussi utile aux historiens qui se sentent un peu trop faibles en économie, qu'aux économistes qui croient que les choses ont changé définitivement avec l'avènement des computers.
L'homme des ordinateurs n'a souvent pas la précision conceptuelle utile, parce qu'il croit qu'elle est facilement rachetée par une précision et une complexité de calcul exact.



