Du 23 mars 1918 à début août de la même année, une série de canons de marine transformés ont tiré sur Paris d'une distance de 120 km.
"La Grosse Bertha par l'illustration" en raconte les péripéties principales et pour la première fois met à la disposition du public plans, photos, dessins, télégrammes, courriers etc..
Cette arme limite, innovation absolue, en rupture avec les armes précédentes, très onéreuse et peu léthale à l'époque, s'articulait à un plan d'ensemble: les offensives au sol. Elle en constituait la version psychologique et propagandiste car on pouvait alors croire à Paris que les agresseurs étaient bien plus près que ne le laissait croire le gouvernement français risquant alors la panique, mais on pouvait voir aussi l'importante avance technologique de l'empire allemand.
Elle est restée une arme secrète; et à juste titre: certains secrets de fabrications, remis au goût du jour, on suffisamment paru utile pour qu'un ingénieur canadien intéressé y ait laissé la vie à l'époque de Saddam Hussein.
De notre côté, alors que nous traduisions à partir du milieu des années 2000 le seul ouvrage consistant (paru aux USA) sur cet épisode, nous avions éprouvé le besoin de "croiser les sources". Le hasard a bien fait les choses puisque cette entreprise s'est enclenchée peu de temps après la déclassification des documents de guerre, et alors que plus personne ne parlait de Grosse Bertha.
Cependant la formule longtemps a survécu à la disparition de son sous-jacent. Par exemple le journal satirique qui précéda "Charlie Hebdo" s'appelait justement "la grosse Bertha". Cabu et d'autres y firent les premières armes.
Mais la formule a aussi surnagé sous la forme de "sortir la grosse Bertha"; comme pour signifier "sortir les (trop) gros moyens" pour résoudre un problème ou effectuer une tâche.
Il reste que cette grandeur (car la longueur du canon dépassait 30m) ne fut pas simplement mythique. L'effectuation des performances visées a mobilisé des efforts et des innovations qui nous obligent à associer l'admiration et la guerre. Ce que la morale longtemps nous retint de faire, mais que la modernité abolit au XX°.
Avec cette arme, fini le tir à vue! Et pour ne pas gaspiller l'arme, il fallu faire entrer la balistique interne et la balistique externe dans un autre monde, et intégrer dès le départ un calcul permettant de déterminer où l'obus tombait dans la capitale.
Nous savons maintenant que le canon nécessitait des obus très spéciaux. Si spéciaux que les essais n'étaient pas bouclés deux mois avant leur supposée utilisation pour l'offensive en Picardie!
Notre ouvrage lève enfin une grosse partie du voile qui recouvrait encore cette fabuleuse arme. Mais la recherche continue!



